Les fibres alimentaires font partie de ces nutriments dont tout le monde parle sans trop savoir combien en mettre dans son assiette. On les sait bonnes pour la digestion, on les associe vaguement aux légumes verts et au pain complet, et puis on passe à autre chose. Pourtant, la question « combien de fibres par jour ? » mérite une vraie réponse chiffrée, parce que l'écart entre ce que nous mangeons réellement et ce que les autorités de santé recommandent est énorme. En France, la moyenne tourne autour de 20 g par jour quand l'objectif se situe entre 25 et 30 g. Autrement dit, la plupart des adultes manquent de fibres chaque jour, souvent sans le savoir.
Combien de fibres par jour ? Les recommandations officielles

Allons droit au but, puisque c'est sans doute la question qui vous a amené ici. La quantité de fibres recommandée pour un adulte se situe entre 25 et 30 g par jour. Les repères varient légèrement d'un organisme à l'autre, mais tous pointent dans la même direction.
En Europe, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) considère qu'un apport de 25 g par jour est suffisant pour assurer un bon transit chez l'adulte. En France, l'ANSES place la référence un cran au-dessus, à 30 g par jour, en précisant qu'un effet bénéfique s'observe dès 25 g par jour, et de façon plus nette autour de 30 g. De son côté, l'Organisation mondiale de la santé recommande au moins 25 g de fibres par jour, ainsi qu'au moins 400 g de fruits et légumes quotidiens. D'un pays à l'autre, de la France au Canada en passant par le reste de l'Europe, ces avis varient finalement assez peu.
| Organisme | Apport quotidien recommandé en fibres (adulte) |
|---|---|
| EFSA (Europe) | 25 g par jour |
| ANSES (France) | 30 g par jour (effet bénéfique dès 25 g) |
| OMS | au moins 25 g par jour |
Et selon l'âge ? Les besoins ne sont pas les mêmes à 6 ans qu'à 40 ans. Chez l'adulte, on vise donc 25 à 30 g. Chez l'enfant et l'adolescent, les apports recommandés sont plus modestes et augmentent avec l'âge, pour rejoindre progressivement le niveau adulte. Le principe est simple : plus on grandit, plus le besoin en fibres grimpe.
Voici maintenant le moment où ça se gâte. Si la recommandation tourne autour de 25 à 30 g, la consommation réelle, elle, plafonne autour de 20 g par jour en France. Selon l'étude INCA 3 de l'ANSES (2017), seuls 13 % des adultes atteignent le seuil de 25 g par jour, et chez les 18-54 ans, 85 % des hommes et 94 % des femmes restent sous la barre. Autrement dit, manquer de fibres est la norme, pas l'exception.
Quelles conséquences à ce déficit ? La plus immédiate est digestive : un apport insuffisant en fibres s'accompagne souvent d'un transit plus paresseux et d'une digestion moins confortable. À plus long terme, une alimentation pauvre en fibres prive l'organisme des bénéfices que les grandes études associent à des apports élevés, ceux évoqués plus haut pour le cœur, la glycémie ou le côlon. Rien de dramatique du jour au lendemain, mais une tendance de fond qui mérite qu'on s'y attarde.
À retenir : visez 25 à 30 g de fibres par jour. La plupart des Français en consomment seulement une vingtaine de grammes : il y a donc, pour presque tout le monde, une marge de progression simple à aller chercher.
Pourquoi les fibres comptent autant dans votre alimentation quotidienne
Le rôle des fibres dans votre santé, de la digestion au cœur
Commençons par le commencement : une fibre, c'est quoi au juste ? Les fibres sont des glucides que notre système digestif ne sait pas casser. Contrairement au sucre d'un bonbon ou à l'amidon d'une pomme de terre, elles traversent l'estomac et l'intestin grêle quasiment intactes. C'est précisément ce qui fait leur intérêt : au lieu d'être absorbées, elles agissent de façon mécanique et nourrissent la vie qui peuple notre côlon.
Une fois arrivées dans le gros intestin, ces fibres servent de garde-manger à nos bactéries intestinales. En les fermentant, notre microbiote produirait des acides gras à chaîne courte, dont le fameux butyrate, une petite molécule que les chercheurs étudient de près. (Le butyrate sert de carburant aux cellules qui tapissent le côlon : vos bactéries transforment en énergie des fibres que vous, vous ne savez pas digérer.)
Sur le plan du transit, certaines fibres ont des effets reconnus à l'échelle européenne. Par exemple, les fibres de son de blé contribuent à accélérer le transit intestinal, l'effet étant obtenu pour au moins 10 g de fibres de son de blé par jour. Et plusieurs fibres, celles du son de blé, de l'avoine, des grains d'orge ou de la betterave à sucre, contribuent à augmenter le volume des selles, tandis que les fibres de seigle contribuent à une fonction intestinale normale.
Fibres et maladies cardiovasculaires : ce que disent les grandes études
Au-delà du confort digestif, les fibres intéressent les chercheurs pour leur lien avec les maladies chroniques. Selon une méta-analyse de Threapleton et ses collègues (2013), chaque tranche de 7 g de fibres supplémentaires par jour serait associée à une baisse d'environ 9 % du risque de maladie cardiovasculaire et de maladie coronarienne. Sept grammes, ce n'est pas grand-chose : une portion de légumineuses ou deux tranches de pain complet suffisent. À plus large échelle, une vaste analyse (Reynolds et al., 2019) a observé que les plus gros consommateurs de fibres présenteraient une mortalité, toutes causes confondues et d'origine cardiovasculaire, réduite de 15 à 30 % par rapport aux plus faibles consommateurs, le bénéfice le plus net apparaissant pour des apports situés entre 25 et 29 g par jour. On retrouve là, comme par hasard, la fourchette recommandée.
Le tableau ne s'arrête pas au cœur. Pour le diabète de type 2, une méta-analyse de Reynolds et ses collègues (2020) suggère que passer d'environ 19 à 35 g de fibres par jour s'accompagnerait d'améliorations de la glycémie et d'une légère baisse du cholestérol. Et pour le cancer colorectal, l'analyse d'Aune et ses collègues (2011) a estimé que chaque tranche de 10 g de fibres supplémentaires par jour serait associée à environ 10 % de risque en moins, les céréales complètes se montrant particulièrement intéressantes.
Fibres solubles ou insolubles : deux familles, deux missions
On classe généralement les fibres en deux grandes familles : les fibres solubles et les fibres insolubles, et la nuance n'a rien d'anecdotique. Les fibres solubles se dissolvent dans l'eau et forment un gel, un peu comme une cuillère de graines de chia oubliée dans un verre d'eau, qui se transforme en texture gélatineuse. Ce gel ralentit la vidange de l'estomac, ce qui prolongerait la sensation de satiété, et ralentit l'absorption des sucres. On les trouve surtout dans l'avoine, l'orge, les fruits et les légumineuses, mais aussi dans le psyllium ou la chicorée. Parmi elles, les bêta-glucanes, des fibres solubles de l'avoine et de l'orge, contribuent au maintien d'une cholestérolémie normale, l'effet étant obtenu par la consommation de 3 g de bêta-glucanes par jour.
Les fibres insolubles, elles, ne se dissolvent pas : elles gonflent en absorbant l'eau et augmentent le volume des selles. Ce sont par exemple la cellulose et la lignine, présentes dans le son de blé, les céréales complètes et la peau des fruits et des légumes. Leur action est surtout mécanique : elles font « masse » et facilitent le passage dans l'intestin.
| Fibres solubles | Fibres insolubles | |
|---|---|---|
| Comportement dans l'eau | Forment un gel | Gonflent sans se dissoudre |
| Ce qu'elles font | Ralentissent la digestion, captent une partie des sucres et des graisses | Augmentent le volume des selles, facilitent le transit |
| Où les trouver | Avoine, orge, fruits, légumineuses, psyllium | Son de blé, céréales complètes, peau des fruits et légumes |
Bonne nouvelle : vous n'avez pas à compter vos fibres solubles et insolubles séparément. Une alimentation variée apporte naturellement les deux, dans des proportions qui se complètent.
Lire aussi notre article : Combien de fibres par jour pour maigrir ?
Quels sont les aliments les plus riches en fibres ?
Bonne nouvelle, à nouveau : les aliments riches en fibres sont nombreux, accessibles et déjà dans vos placards. Voici un tour d'horizon, des fruits aux graines, avec les teneurs pour 100 g afin que vous puissiez comparer d'un coup d'œil.
| Aliment (pour 100 g) | Quantité de fibres |
|---|---|
| Son de blé | 40-45 g |
| Graines de chia | ~34 g |
| Graines de lin | ~27 g |
| Son d'avoine | 17-25 g |
| Amandes | ~12,5 g |
| Chocolat noir | ~9-13 g |
| Pois cassés (cuits) | ~10,6 g |
| Figues séchées | ~10 g |
| Flocons d'avoine | ~9 g |
| Dattes | 8,7 g |
| Pain complet | 7,5 g |
| Haricots blancs (cuits) | ~6,3 g |
| Pruneaux | 6-7 g |
| Artichaut | 5,2 g |
| Lentilles (cuites) | ~4-5 g |
| Framboises | 4,3 g |
| Pois chiches (cuits) | ~4 g |
| Pâtes complètes (cuites) | 3,3 g |
| Pomme (avec la peau) | ~3 g |
| Riz brun (cuit) | 2,3 g |
Les meilleurs fruits riches en fibres
Côté fruits, la règle d'or tient en un mot : la peau. C'est là que se concentre la majorité des fibres. Une pomme consommée avec sa peau apporte environ 3 g de fibres, contre à peine 1,3 g pour sa chair seule. La poire suit exactement la même logique. Le réflexe à avoir : laver le fruit et le croquer entier plutôt que de l'éplucher, en privilégiant le bio quand c'est possible, peau oblige.
Les baies sont de petites bombes de fibres : les framboises en contiennent environ 4,3 g pour 100 g, davantage que la moyenne des fruits frais. Cassis, groseilles et autres fruits rouges jouent dans la même cour. Les agrumes, eux, apportent surtout de la pectine, une fibre soluble, à condition de manger le fruit plutôt que de le presser en jus.
Les fruits secs concentrent tout, fibres comprises : comptez une dizaine de grammes pour 100 g de figues séchées, et 8,7 g pour les dattes. Les pruneaux, autour de 6 à 7 g, ont une réputation bien méritée pour le transit, car ils combinent fibres et sorbitol. Seul bémol, ils sont aussi très sucrés : à savourer en petite quantité.
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Les légumes riches en fibres
Du côté des légumes, les légumes à feuilles vertes, épinards, salades, blettes... sont des incontournables, peu caloriques et faciles à intégrer en bonne quantité. Les crucifères, comme le brocoli ou les choux de Bruxelles, apportent quant à eux entre 3 et 5 g de fibres pour 100 g. Parmi les racines et les tiges, l'artichaut sort du lot avec environ 5,2 g et la particularité de renfermer de l'inuline, une fibre soluble qui sert justement de nourriture aux bonnes bactéries.
Mais les véritables championnes du rayon légumes, ce sont les légumineuses. Lentilles, pois chiches, pois cassés et haricots affichent des teneurs impressionnantes : autour de 10 g pour les pois cassés, et 4 à 7 g (bien plus pour les haricots blancs) une fois cuits. En prime, elles apportent des protéines végétales. L'idéal est d'en mettre au menu au moins une fois par semaine, seules ou en accompagnement d'une viande ou d'un poisson.
Les grains et les graines
Le grand principe des céréales, c'est de les choisir complètes plutôt que raffinées. En retirant l'enveloppe du grain, le raffinage retire justement l'essentiel des fibres. La différence est nette : 100 g de pâtes blanches cuites apportent 1,9 g de fibres, contre 3,3 g pour des pâtes complètes ; le riz blanc plafonne à 1 g quand le riz brun en offre 2,3 g. Le pain complet, les flocons d'avoine (environ 9 g) ou le riz brun sont des moyens simples d'augmenter ses apports sans rien changer à ses habitudes, ou presque.
Les graines et les noix, elles, sont les concentrés ultimes. Les graines de chia (environ 34 g pour 100 g) et de lin (autour de 27 g) caracolent en tête, suivies des amandes (environ 12,5 g) et des autres fruits à coque. Une poignée d'amandes, une cuillère de graines de lin moulues sur un yaourt, et le compteur grimpe vite. Clin d'œil aux gourmands : le chocolat noir est lui aussi une source de fibres, avec une dizaine de grammes pour 100 g selon sa teneur en cacao. Enfin, tous les produits fabriqués à partir de grains complets : pain, pâtes, semoule, céréales du petit-déjeuner... comptent dans l'addition, à condition de viser les versions complètes ou intégrales et de laisser de côté les céréales ultra-transformées et sucrées.
Le saviez-vous ? Le champion toutes catégories des aliments riches en fibres, c'est le son de blé, avec 40 à 45 g pour 100 g. Une à deux cuillères à soupe saupoudrées sur une salade, un yaourt ou un plat de légumes suffisent à donner un vrai coup de pouce à vos apports.
Comment augmenter votre consommation de fibres au quotidien
Intégrer plus de fruits et légumes
Augmenter ses fibres ne demande pas de tout révolutionner, juste un peu de méthode. Premier réflexe : viser cinq portions de fruits et légumes par jour, le repère partagé par la plupart des autorités de santé. En pratique, cinq fruits et légumes apportent déjà 16 à 20 g de fibres ; ajoutez une portion de légumineuses, de pâtes ou de riz complet, et vous frôlez les 30 g sans effort. Planifier ses repas à l'avance, même grossièrement, aide à ne pas se retrouver le soir face à un placard vide et une pizza surgelée.
Quelques gestes simples font la différence :
- Remplacez les grignotages sucrés par des options riches en fibres : un fruit frais, une poignée de noix, quelques fruits secs ou un carré de chocolat noir feront bien mieux qu'une barre chocolatée industrielle.
- Glissez des légumes partout : une poignée d'épinards dans une omelette, des légumineuses dans une soupe ou une salade, des dés de courgette dans une sauce tomate. Ni vu ni connu, et le compteur de fibres grimpe.
- Gardez la peau des fruits et légumes lavés plutôt que de les éplucher systématiquement.
Choisir des aliments riches en fibres
Au supermarché, prenez l'habitude de lire les étiquettes nutritionnelles. La teneur en fibres y est indiquée pour 100 g : à choix équivalent, retenez le produit qui en contient le plus. Les mentions « source de fibres » et « riche en fibres », encadrées par la réglementation européenne, sont également de bons indicateurs.
Adapter son alimentation progressivement
Voici le conseil le plus important, celui qu'on oublie presque toujours. N'augmentez jamais vos fibres d'un coup. Passer de 18 à 30 g du jour au lendemain est la meilleure façon de récolter ballonnements et gaz, c'est d'ailleurs l'effet indésirable que relèvent les études quand les doses montent trop vite. Allez-y progressivement, par paliers, sur deux à trois semaines, le temps que votre système digestif s'habitue. Si un aliment vous gêne, réduisez la quantité ou testez-en un autre ; cuire les légumes plutôt que de les manger crus les rend aussi plus digestes.
Et surtout, buvez. Les fibres ont besoin d'eau pour faire leur travail. Sans hydratation suffisante, elles peuvent même aggraver la constipation au lieu de la soulager, en particulier les fibres solubles comme le psyllium, qui gonflent dans le tube digestif. Visez 1,5 à 2 litres d'eau par jour.
- Anses. (2017). Étude individuelle nationale des consommations alimentaires 3 (INCA 3). Maisons-Alfort : Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
- Aune, D., Chan, D. S. M., Lau, R., et al. (2011). Dietary fibre, whole grains, and risk of colorectal cancer: systematic review and dose-response meta-analysis of prospective studies. BMJ, 343, d6617.
- Reynolds, A., Mann, J., Cummings, J., et al. (2019). Carbohydrate quality and human health: a series of systematic reviews and meta-analyses. The Lancet, 393(10170), 434–445.
- Reynolds, A. N., Akerman, A. P., & Mann, J. (2020). Dietary fibre and whole grains in diabetes management: Systematic review and meta-analyses. PLoS Medicine, 17(3), e1003053.
- Threapleton, D. E., Greenwood, D. C., Evans, C. E. L., et al. (2013). Dietary fibre intake and risk of cardiovascular disease: systematic review and meta-analysis. BMJ, 347, f6879.






































