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Vitamine B6 et surdose : Est-ce que ça peut arriver ?

Vitamine B6 et surdose : Est-ce que ça peut arriver ?
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Oui, une surdose de vitamine B6 est possible. Et contrairement à une idée encore très répandue, elle peut survenir sans mégadose spectaculaire, parfois après une prise prolongée de compléments pourtant courants. La vitamine B6 est indispensable au métabolisme énergétique, au système nerveux et à l’immunité, mais l’excès chronique expose à un risque réel de neuropathies sensitives, aujourd’hui bien documenté par la littérature scientifique et reconnu par les autorités sanitaires européennes.

Qu'est-ce que la vitamine B6 ?

La vitamine B6 n’est pas une molécule isolée, mais un ensemble de composés apparentés qui participent à des mécanismes biochimiques essentiels. On la retrouve naturellement dans l’alimentation, et très fréquemment dans les compléments alimentaires, parfois à des doses largement supérieures aux apports nutritionnels de référence. C’est précisément cette banalisation qui explique pourquoi la question du surdosage en vitamine B6 mérite d’être posée sans détour.

Types de vitamine B6 : pyridoxine et autres formes

Dire “vitamine B6” est un raccourci. En réalité, il s’agit d’une famille de vitamères, principalement :

  • la pyridoxine (PN),
  • le pyridoxal (PL),
  • la pyridoxamine (PM),
    ainsi que leurs formes phosphorylées (PNP, PLP, PMP).

Dans l’organisme, le pyridoxal-5-phosphate (PLP) est la forme biologiquement active dominante, représentant 70 à 90 % de la vitamine B6 circulante dans le plasma selon les données de synthèse récentes (Vitamin B6: a scoping review for Nordic Nutrition Recommendations, 2023). Les formes ingérées via l’alimentation ou les compléments doivent donc être converties par le foie pour devenir actives.

Cette étape de conversion est centrale dans la compréhension du surdosage. Les compléments alimentaires apportent très majoritairement de la pyridoxine, une forme stable, mais qui n’est pas active en tant que telle.

En cas d’apports élevés et prolongés, cette pyridoxine peut s’accumuler, perturber les enzymes chargées de sa transformation, et conduire paradoxalement à une carence fonctionnelle intracellulaire en PLP, malgré des taux sanguins élevés, un mécanisme aujourd’hui bien décrit dans la toxicité de la vitamine B6 (Hadtstein & Vrolijk, Advances in Nutrition, 2021).

Sources naturelles de vitamine B6

La vitamine B6 est largement présente dans l’alimentation, ce qui explique pourquoi la carence sévère est rare chez l’adulte en bonne santé. On la retrouve dans des aliments très courants, d’origine animale comme végétale, mais sous des formes et avec une biodisponibilité différentes.

Les sources animales : viandes, poissons, abats.. fournissent principalement du PLP et du PMP, des formes hautement biodisponibles, proches de 100 %. Les données épidémiologiques européennes montrent que les produits carnés et les produits de la mer représentent près de 30 % des apports totaux en vitamine B6 dans les régimes occidentaux (ANIBES Study, MDPI, 2018).

Les sources végétales : céréales complètes, légumineuses, noix, graines, certains légumes… contiennent souvent une part significative de pyridoxine-glucoside, une forme moins bien absorbée, dont la biodisponibilité peut être réduite de 75 à 80 % par rapport aux formes animales (Nordic Nutrition Recommendations, 2023).

Autrement dit, la présence de vitamine B6 sur le papier ne reflète pas toujours la quantité réellement utilisable par l’organisme.

Bienfaits de la vitamine B6 sur la santé

Parler des bienfaits de la vitamine B6 est indispensable pour comprendre pourquoi elle est autant utilisée… et pourquoi son excès pose problème. Car si cette vitamine est au cœur de nombreux équilibres physiologiques, ses effets bénéfiques sont strictement liés à des apports adaptés aux besoins, pas à une logique de “plus est mieux”.

Fonctionnement dans la production d'énergie

La vitamine B6 contribue à un métabolisme énergétique normal. Concrètement, le pyridoxal-5-phosphate (PLP) intervient dans le métabolisme des acides aminés, mais aussi dans celui des glucides via son rôle clé dans la glycogénolyse, c’est-à-dire la libération du glucose stocké sous forme de glycogène. Le PLP est en effet lié à la glycogène phosphorylase, l’enzyme qui permet au muscle de mobiliser rapidement de l’énergie lors d’un effort ou d’un jeûne.

On peut l’imaginer comme un chef d’orchestre discret : il ne produit pas l’énergie lui-même, mais il permet aux bons instruments métaboliques de jouer au bon moment. Sans PLP fonctionnel, certaines voies énergétiques deviennent moins efficaces, ce qui explique pourquoi un statut insuffisant en vitamine B6 est classiquement associé à une fatigue accrue.. un lien cohérent avec le fait que la vitamine B6 contribue à la réduction de la fatigue.

Rôle dans la santé neurologique

La relation entre vitamine B6 et système nerveux est probablement la plus connue. La vitamine B6 contribue au fonctionnement normal du système nerveux et à des fonctions psychologiques normales.

Sur le plan physiologique, le PLP est indispensable à la synthèse de plusieurs neurotransmetteurs majeurs, notamment le GABA, la sérotonine et la dopamine. Ces molécules assurent l’équilibre entre excitation et inhibition neuronale, la régulation de l’humeur, et l’adaptation au stress.

C’est précisément pour cette raison que la vitamine B6 est souvent intégrée à des compléments dits “nerveux” ou “anti-stress”.

Impact sur l'humeur et le stress

La vitamine B6 contribue à des fonctions psychologiques normales, ce qui inclut notamment les processus impliqués dans l’humeur et la gestion du stress. Sur le plan biochimique, cela s’explique par son rôle de cofacteur dans la conversion du tryptophane en sérotonine et du glutamate en GABA, le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central.

Surdosage et excès de vitamine B6

C’est ici que le discours change de nature. Jusqu’à présent, la vitamine B6 apparaissait comme un rouage central du métabolisme et du système nerveux, utile, légitime, nécessaire. Le surdosage en vitamine B6 ne relève pourtant ni de la théorie ni de l’exception. Il s’agit d’un effet indésirable documenté, observé en conditions réelles, souvent chez des personnes convaincues de “bien faire” en prenant un complément sur la durée.

Effets secondaires à court et long terme

À court terme, les effets restent souvent sensoriels : inconfort, troubles de la sensibilité, parfois instabilité légère à la marche. À long terme, lorsque l’exposition se prolonge, les atteintes deviennent plus structurées et plus invalidantes, avec un impact fonctionnel réel.

Troubles neurologiques associés

Le tableau clinique typique est celui d’une neuropathie sensitive périphérique. Les études de pharmacovigilance décrivent une atteinte dite “en chaussettes et en gants” : les extrémités sont touchées en premier, de façon symétrique. La sensibilité vibratoire et la proprioception, la capacité à percevoir la position de ses membres diminuent. Marcher dans l’obscurité devient difficile, l’équilibre se dégrade.

Sur le plan physiopathologique, ces troubles sont cohérents avec le mécanisme identifié : l’excès de pyridoxine inhibe sa propre conversion en PLP, entraînant une carence fonctionnelle intracellulaire malgré des taux sanguins élevés. Les neurones sensitifs, particulièrement dépendants du PLP, sont alors les premières victimes.

Ce phénomène est aujourd’hui largement décrit dans les séries de cas européennes, notamment aux Pays-Bas (Van Hunsel et al., Drug Safety, 2018).

Impact sur la santé physique

Au-delà des nerfs, l’impact est surtout fonctionnel. Une neuropathie prolongée peut limiter la mobilité, augmenter le risque de chute et altérer la qualité de vie. La récupération est possible après arrêt de la supplémentation, mais elle est lente, parfois incomplète, surtout lorsque l’exposition a duré plusieurs années (Merck Manual, 2024).

Doses considérées comme excessives

Parler de surdosage impose une clarification essentielle : le seuil toxique n’est pas une ligne nette et universelle. Il dépend de la dose, mais surtout de la durée d’exposition, de l’âge et du contexte individuel.

Apports journaliers recommandés

Les apports nutritionnels recommandés (RNP) correspondent aux besoins physiologiques nécessaires pour couvrir les fonctions normales de l’organisme. Ils sont faibles, et volontairement prudents, car la vitamine B6 est largement apportée par l’alimentation.

Apports nutritionnels conseillés en vitamine B6 (RNP)

  • Enfants 1 à 6 ans : 0,6 à 0,7 mg/jour
  • Enfants 7 à 10 ans : 1,0 mg/jour
  • Adolescents 11 à 14 ans : 1,4 mg/jour
  • Adolescents 15 à 17 ans : 1,6 mg (filles) / 1,7 mg (garçons)
  • Adultes – femmes : 1,6 mg/jour
  • Adultes – hommes : 1,7 mg/jour
  • Femmes enceintes : 1,7 mg/jour
  • Femmes allaitantes : 1,8 mg/jour

Ces valeurs montrent un point fondamental : les besoins restent inférieurs à 2 mg par jour, y compris dans des situations physiologiques particulières comme la grossesse ou l’allaitement.

Limites de consommation pour éviter les risques

À côté des RNP, les autorités définissent une limite supérieure de sécurité, destinée à prévenir les effets indésirables. Pendant longtemps, cette limite a été fixée à 25 mg/jour en Europe. Or, les données humaines récentes ont conduit à une révision.

En 2023, l’EFSA a abaissé la limite supérieure tolérable à 12 mg/jour chez l’adulte, sur la base de cas de neuropathies observées à des doses bien inférieures aux seuils historiques (Scientific opinion on the tolerable upper intake level for vitamin B6, EFSA, 2023).

Cette limite s’applique également aux femmes enceintes et allaitantes, avec des ajustements à la baisse chez l’enfant.

Comparaison avec d'autres vitamines

La vitamine B6 se distingue ici nettement d’autres vitamines hydrosolubles comme la vitamine B8 ou la vitamine C, pour lesquelles les excès sont majoritairement éliminés sans toxicité neurologique documentée. Le dogme selon lequel “les vitamines hydrosolubles sont sans danger” ne s’applique pas à la vitamine B6.

Variations selon l'âge et le sexe

Les données cliniques montrent que les personnes âgées semblent plus vulnérables, probablement en raison d’une clairance rénale diminuée et d’un métabolisme plus lent.

Des cas de neuropathies ont été rapportés après des prises prolongées de compléments apportant seulement quelques milligrammes par jour, sur plusieurs années (Vitamin B6 Toxicity Secondary to Daily Multivitamin Use, 2023).

Autrement dit, le risque ne repose pas uniquement sur la dose affichée, mais sur l’addition silencieuse des apports, jour après jour. C’est précisément pour cette raison que le surdosage en vitamine B6 est aujourd’hui considéré comme un enjeu réel de santé publique, et non comme une hypothèse marginale réservée aux mégadoses extrêmes.

Sources

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