Le boswellia intrigue. On le présente souvent comme une solution végétale « douce », issue d’une tradition ancienne, et pourtant la question du danger du boswellia revient régulièrement. À raison. Car dès qu’une plante passe du statut de résine traditionnelle à celui de complément alimentaire concentré, les règles changent. Comprendre ce qu’est réellement le boswellia, d’où il vient et de quelles espèces on parle est indispensable avant même d’aborder ses effets, ses limites et ses risques potentiels.
Qu’est-ce que la boswellia ?
La boswellia, souvent appelée encens indien, désigne la gomme-oléorésine exsudée par l’écorce de certains arbres lorsqu’on pratique une incision dans leur tronc. Une fois séchée, cette résine forme des fragments solides, traditionnellement brûlés comme encens ou utilisés en médecine traditionnelle.
Sur le plan chimique, la résine de boswellia est une matrice complexe, composée de :
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résines triterpéniques, dont les célèbres acides boswelliques,
- une fraction huile essentielle volatile,
- et une fraction gomme polysaccharidique.
Histoire et utilisation dans la médecine ayurvédique
L’usage du boswellia ne date pas d’hier. Dans la médecine ayurvédique, il est connu sous le nom de Salai ou Salai guggul. Les textes fondateurs comme le Charaka Samhita ou le Sushruta Samhita décrivent son emploi dans des contextes très variés : inconfort articulaire, troubles digestifs, affections respiratoires, ou encore déséquilibres inflammatoires chroniques.
Il faut cependant bien comprendre un point essentiel : l’usage traditionnel reposait sur des formes brutes, souvent associées à d’autres plantes, avec des doses empiriques, adaptées au terrain de la personne. On est très loin des extraits standardisés riches en AKBA que l’on retrouve aujourd’hui dans les compléments alimentaires.
A retenir : Autrement dit, invoquer l’ancienneté de l’ayurvéda pour conclure à l’innocuité absolue du boswellia moderne est un raccourci. La tradition fournit un cadre d’usage, pas une garantie de sécurité pour des formes concentrées prises sur le long terme.
Les différentes espèces de boswellia
Toutes les boswellias ne se valent pas. C’est un point souvent ignoré, et pourtant fondamental lorsqu’on parle de danger et d’avertissements.
Le genre Boswellia regroupe une vingtaine d’espèces, mais seules quelques-unes sont réellement utilisées en complémentation :
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Boswellia serrata, originaire d’Inde, est la plus étudiée en nutrition et en phytothérapie. Elle présente une teneur modérée en acides boswelliques, avec une proportion relativement faible d’AKBA à l’état naturel.
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Boswellia sacra et Boswellia carterii, issues de la péninsule arabique et de la Somalie, sont traditionnellement utilisées comme encens, avec un profil chimique différent, souvent plus riche en acides acétylés.
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Boswellia frereana, également somalienne, est particulière : elle contient très peu d’acides boswelliques, ce qui la rend peu pertinente.
Ce point est crucial : les études cliniques, les données toxicologiques et les effets indésirables rapportés ne sont pas interchangeables d’une espèce à l’autre. Pire encore, certains extraits commerciaux sont artificiellement enrichis en AKBA, modifiant profondément le profil naturel de la résine. Cela peut renforcer l’activité biologique… mais aussi augmenter les risques en cas de surdosage ou d’interaction.
Propriétés et bienfaits de la boswellia
Parler des bienfaits de la boswellia sans rappeler sa puissance biologique serait trompeur. Ce qui fait l’intérêt de cette résine explique aussi pourquoi elle ne peut pas être utilisée à la légère.
Effets anti-inflammatoires
Contrairement aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), qui bloquent les cyclo-oxygénases (COX) et peuvent fragiliser la muqueuse gastrique, les acides boswelliques sont étudiés pour leur action sur la voie des leucotriènes, notamment via une inhibition de la 5-lipoxygénase (5-LOX).
Pour imager, là où les AINS ferment brutalement un robinet central, la boswellia agirait plutôt sur une vanne secondaire, impliquée dans certaines inflammations chroniques.
Des travaux (Safayhi et al.) ont montré que l’AKBA serait capable d’inhiber la 5-LOX in vitro. Des analyses plus récentes rappellent cependant un point : les concentrations observées dans le sang humain sont souvent inférieures à celles utilisées en laboratoire (Abdel-Tawab et al. 2011).
Autrement dit, l’effet anti-inflammatoire observé chez l’humain serait probablement multifactoriel, impliquant aussi d’autres mécanismes comme l’interaction avec NF-κB, la cathepsine G ou certaines enzymes impliquées dans la cascade inflammatoire.
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Rôle dans le traitement des douleurs articulaires
C’est dans le domaine articulaire que la boswellia est aujourd’hui la plus documentée.
Plusieurs essais cliniques récents se sont intéressés à son usage chez des personnes souffrant de douleurs articulaires liées à l’arthrose, principalement au niveau du genou.
Une étude randomisée, en double aveugle et contrôlée par placebo, publiée par Majeed et al. (2024) sur un extrait standardisé de boswellia (Boswellin® enrichi en AKBA), a montré que la prise quotidienne de 300 mg pourrait être associée à une diminution progressive des scores de douleur et à une amélioration de la mobilité, évaluées par les échelles VAS et WOMAC. Les auteurs ont également observé une baisse de certains marqueurs inflammatoires sanguins, ce qui suggère une action systémique mesurable.
D’autres travaux cliniques, notamment ceux comparant la boswellia à des traitements de référence ou l’associant à d’autres extraits végétaux, indiquent que la résine pourrait contribuer au confort articulaire et à une meilleure tolérance à l’effort articulaire, dans un cadre bien défini et sur des durées limitées.
Effets sur la santé et le collagène
La question du collagène revient fréquemment lorsqu’on parle de boswellia, en particulier dans les compléments destinés aux articulations. Il est important d’être très précis ici.
Certaines études cliniques et précliniques apportent des éléments indirects. Par exemple, l’étude de Vaidya, N (2025), menée chez des patients souffrant d’arthrose du genou, a observé qu’une supplémentation associant boswellia et d’autres extraits végétaux pourrait être liée à une augmentation de biomarqueurs de synthèse du collagène de type II (PIIANP, PIICP) et à une diminution de marqueurs de dégradation cartilagineuse (CTX-II).
Ces résultats suggèrent que la boswellia pourrait créer un environnement plus favorable à l’équilibre du cartilage.
Risques et effets secondaires de la boswellia
C’est ici que le mot danger prend tout son sens. Non pas parce que la boswellia serait une plante « toxique » par nature, mais parce que son activité biologique réelle impose des limites claires, surtout lorsqu’elle est consommée sous forme d’extraits concentrés, sur des durées prolongées, ou en association avec des traitements médicamenteux. Autrement dit, ce n’est pas la tradition qui pose problème, c’est le changement d’échelle.
Effets indésirables possibles
Aux dosages classiquement utilisés dans les essais cliniques (généralement entre 300 et 500 mg par jour d’extrait standardisé), la boswellia présente un profil de tolérance globalement bon. C’est un point cohérent dans la littérature. Les effets indésirables rapportés sont le plus souvent modérés, transitoires et dose-dépendants.
Les effets les plus fréquemment décrits sont :
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troubles digestifs légers : brûlures d’estomac, nausées, sensation de lourdeur abdominale, diarrhées,
- plus rarement, réactions cutanées de type démangeaisons ou dermatites chez des sujets sensibles.
Ces manifestations peuvent s’expliquer assez simplement. La résine de boswellia est lipophile et biologiquement active. Prise à jeun ou à dose élevée, elle peut irriter une muqueuse digestive déjà fragilisée. C’est l’équivalent d’un aliment très épicé : bien toléré chez certains, inconfortable chez d’autres.
En revanche, la littérature rapporte aussi des cas beaucoup plus sérieux, mais rares, liés à des gros surdosages. Le rapport clinique publié par Finsterer (2024) décrit un cas d’intoxication sévère chez une femme ayant augmenté seule sa prise jusqu’à 1000 mg par jour pendant plusieurs semaines. Le tableau associait une hyponatrémie sévère, un syndrome de sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique (SIADH), des convulsions et une rhabdomyolyse, avec un retour à la normale après l’arrêt du boswellia.
👉à retenir : plus l’extrait est concentré et plus la dose s’éloigne des usages étudiés, plus le risque bascule d’un simple inconfort vers un déséquilibre physiologique réel.
Interactions avec d’autres médicaments
C’est probablement le point le plus sous-estimé lorsqu’on parle de boswellia et d’un potentiel danger.
Certains extraits de boswellia pourraient sur le papier inhiber des enzymes hépatiques. Or, ces enzymes jouent le rôle de “stations d’épuration” pour de nombreux médicaments.
Pour visualiser : si le foie est une autoroute, les cytochromes sont les sorties. Bloquez-les partiellement, et les molécules restent plus longtemps dans la circulation.
Concrètement, cela signifie que la boswellia pourrait modifier la vitesse d’élimination de certains traitements, avec un risque d’accumulation. Les situations les plus sensibles concernent :
- les anticoagulants comme la warfarine, métabolisée par le CYP2C9, avec un risque théorique d’augmentation de l’INR et de saignement,
- certains immunosuppresseurs, statines, antidiabétiques ou traitements à marge thérapeutique étroite, majoritairement métabolisés par le CYP3A4.
Il ne s’agit pas d’affirmer que la boswellia provoque systématiquement une interaction grave, mais de rappeler que le risque n’est pas nul, surtout en automédication. C’est précisément pour cette raison que la phytothérapie moderne parle de pharmacovigilance, et non plus seulement de tradition.
Précautions pour les patients
Toutes les personnes ne sont pas égales face à la boswellia. Certaines situations nécessitent une prudence renforcée, voire une éviction.
La grossesse et l’allaitement sont le premier cas.
Les personnes sous traitement anticoagulant, immunosuppresseur ou souffrant de pathologies hépatiques doivent également être vigilantes. Même en l’absence d’effet indésirable immédiat, le déséquilibre peut être silencieux, progressif, et ne se manifester qu’après plusieurs semaines.
Enfin, il faut rappeler une évidence trop souvent oubliée : le naturel n’est pas synonyme d’inerte. La boswellia agit, donc elle peut aussi désagir si le contexte n’est pas adapté.
👉 Pour conclure : la boswellia n’est ni un poison, ni une plante anodine. C’est un actif végétal puissant, dont l’intérêt repose précisément sur cette puissance. Mais comme pour tout outil efficace, le mode d’emploi fait toute la différence.
- Siddiqui M. Z. (2011). Boswellia serrata, a potential antiinflammatory agent: an overview. Indian Journal of Pharmaceutical Sciences, 73(3), 255–261.
- Safayhi, H., Mack, T., Sabieraj, J., et al. (1992). Boswellic acids: novel, specific, nonredox inhibitors of 5-lipoxygenase. Journal of Pharmacology and Experimental Therapeutics, 261(3), 1143–1146.
- Majeed, A., Majeed, S., Satish, G., et al. (2024). A standardized Boswellia serrata extract shows improvements in knee osteoarthritis within five days... Frontiers in Pharmacology, 15, 1428440.
- Vaidya, N., et al. (2025). Efficacy and Safety of Boswellia serrata and Apium graveolens L. Extract Against Knee Osteoarthritis... Pharmaceutical Research, 42(2), 249-269.
- Finsterer, J. (2024). Boswellia serrata intoxication manifesting with syndrome of inappropriate antidiuretic hormone secretion, hyponatremia, seizure, and rhabdomyolysis. Critical Care Science, 36:e20240049en.







































