Vous mangez équilibré, vous faites attention à vos apports… et pourtant, quelque chose cloche. Votre vision baisse quand la lumière décline, votre peau tire, vos infections s'enchaînent sans raison apparente. Et si le problème venait d'un nutriment auquel vous n'avez jamais pensé ? La carence en vitamine A reste l'un des déficits nutritionnels les plus répandus au monde, et pas seulement dans les pays où le taux d'insécurité alimentaire est élevé. En France, elle concerne aussi des profils très précis. Spoiler : savoir repérer les symptômes et comprendre les tests de diagnostic disponibles, c'est déjà faire la moitié du chemin. On fait le point.
- Qu'est-ce que la vitamine A ?
- Diagnostiquer la carence en vitamine A
- Risques associés à une carence prolongée
- Sources alimentaires de vitamine A
Qu'est-ce que la vitamine A ?
Types de vitamine A
Quand on parle de vitamine A, on parle en réalité d'une famille de molécules, pas d'une substance unique. Et c'est là que ça se complique un peu, mais promis, ça reste digeste.
Deux grandes catégories coexistent dans votre alimentation.
D'un côté, la vitamine A préformée, directement utilisable par votre organisme. Elle existe sous trois formes principales :
- le rétinol (la forme qui circule dans votre sang),
- le rétinal (indispensable à la vision)
- et l'acide rétinoïque (la forme biologiquement active qui agit sur vos cellules).
De l'autre côté, les caroténoïdes, et en tête de file le fameux bêta-carotène. Ce sont des pigments naturels contenus dans les fruits et légumes colorés : carottes, patates douces, épinards, mangues.
Votre organisme les convertit en rétinol, mais pas de façon équivalente : il faut environ 12 µg de bêta-carotène alimentaire pour obtenir 1 µg de rétinol. Autrement dit, le bêta-carotène est un précurseur, pas un équivalent direct.
Rôle du rétinol dans l'organisme
Le rétinol n'est pas juste « une vitamine parmi d'autres ». C'est un acteur central de plusieurs fonctions vitales, et son absence se fait sentir assez vite.
Son premier terrain de jeu, c'est la vision. Sans rétinol, pas de rhodopsine. Et sans rhodopsine, pas de vision nocturne. C'est aussi simple que ça. La vitamine A contribue au maintien d'une vision normale : c'est d'ailleurs l'une des rares fonctions officiellement reconnues par les autorités européennes.
Ensuite, il y a votre peau et vos muqueuses. La vitamine A contribue au maintien d'une peau normale et au maintien de muqueuses normales, ce qui inclut les muqueuses pulmonaires, intestinales et urinaires. Quand le niveau de vitamine A chute, la peau se dessèche, s'épaissit et perd sa souplesse et les muqueuses deviennent « épaisses et rigides » en cas de carence.
Enfin, la vitamine A contribue au fonctionnement normal du système immunitaire. Ce n'est pas un simple bonus, c'est un pilier de vos défenses. Et la vitamine A joue un rôle dans le processus de spécialisation cellulaire, ce qui signifie qu'elle intervient dans la façon dont vos cellules se différencient et remplissent leur fonction spécifique.
Diagnostiquer la carence en vitamine A
Comment savoir si vous manquez réellement de vitamine A ? La question paraît simple. La réponse, beaucoup moins. Parce que les tests disponibles aujourd'hui ont des limites sérieuses, et les connaître, c'est éviter de mal interpréter vos résultats.
Tests de diagnostic fiables
Tests sanguins pour évaluer le rétinol
Le diagnostic d'une carence en vitamine A repose principalement sur des tests sanguins. Pour les deux plus courants, on prélève un échantillon de sang et on mesure la concentration de ces marqueurs pour évaluer votre niveau de vitamine A.
En théorie, c'est le gold standard accessible. En pratique, c'est plus compliqué. La revue Cochrane de Gannon (2025), a montré que ces deux tests ne permettent pas d'identifier de façon fiable les personnes à risque, qu'elles aient ou non une carence en vitamine A.
Les tests les plus précis existent, mais ils ne sont pas utilisés en routine. La biopsie du foie (puisque c'est dans le foie que votre organisme stocke la majorité de sa vitamine A) et la dilution isotopique du rétinol sont les vrais standards de référence. Le problème ? La biopsie est invasive, la dilution isotopique est coûteuse, longue et techniquement complexe. Ce ne sont pas des examens qu'on prescrit au cabinet du généraliste.
Il existe aussi des tests fonctionnels : le RDR (Relative Dose Response) et le MRDR (Modified Relative Dose Response). Sheftel (2021) a montré dans sa méta-analyse que le MRDR afficherait une sensibilité de 80 % et une spécificité de 69 % par rapport aux réserves hépatiques, ce qui en fait un outil plus fiable que le simple rétinol sérique, même s'il reste imparfait.
Une avancée récente mérite d'être mentionnée : Li (2025) a validé, dans une étude multicentrique portant sur 1 366 enfants en Chine, l'utilisation du sang capillaire (une simple piqûre au bout du doigt) pour mesurer le rétinol. Les résultats capillaires et veineux étaient fortement corrélés, avec une sensibilité de 86 à 91 % après correction. C'est une piste prometteuse pour faciliter le dépistage en conditions réelles, notamment chez les enfants en bas âge.
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Évaluations cliniques des symptômes
Avant même de passer par la case « prise de sang », un médecin peut suspecter une carence en vitamine A à partir de symptômes cliniques caractéristiques.
- La cécité nocturne est le signe d'appel classique. Si vous rapportez des difficultés à voir dans l'obscurité, votre médecin pourra prescrire un électrorétinogramme, un examen qui mesure la réponse électrique de votre rétine à la lumière, pour objectiver le trouble.
- Les signes cutanés comptent aussi. La peau sèche, squameuse, l'hyperkératose folliculaire et la xérose diffuse orientent vers une carence. Chez les enfants, le médecin recherche les taches de Bitot et une sécheresse de la cornée (xérophtalmie).
- Les médecins peuvent aussi confirmer le diagnostic de façon thérapeutique : en administrant des suppléments de vitamine A et en observant si les symptômes s'améliorent. Si la cécité nocturne régresse sous supplémentation, c'est un argument fort en faveur du diagnostic de carence en vitamine A.
Le diagnostic repose sur un faisceau d'indices : symptômes cliniques, résultats sanguins et réponse à la supplémentation. Aucun test unique ne suffit à lui seul. Si vous suspectez un risque de carence, ne vous fiez pas à un seul résultat de laboratoire. Parlez-en à votre médecin pour croiser les données.
Interprétation des résultats des tests
Niveaux de référence des doses de vitamine A
On considère généralement qu'un taux de rétinol sérique inférieur ou égal à 0,70 µmol/L signale une carence en vitamine A. C'est le seuil retenu par l'OMS pour définir le déficit en vitamine A au niveau populationnel.
En pratique, quels sont les repères utiles ?
| Marqueur | Seuil de carence | Contexte d'utilisation |
| Rétinol sérique | ≤ 0,70 µmol/L | Dépistage populationnel (OMS) |
| Réserves hépatiques totales | < 0,1 µmol/g | Standard de référence (BOND) |
| RBP (protéine de liaison au rétinol) | Variable selon inflammation | Alternative au rétinol sérique |
L'OMS considère qu'un problème de santé publique existe lorsque plus de 20 % des enfants de 6 à 59 mois présentent un rétinol sérique ≤ 0,70 µmol/L. C'est notamment le cas dans une grande partie de l'Asie du Sud et de l'Afrique subsaharienne, où le riz ordinaire, qui ne contient pas de vitamine A, est souvent l'aliment de base.
Risques associés à une carence prolongée
Risque de cécité
La cécité liée à la carence en vitamine A n'est pas un phénomène anecdotique. C'est un problème de santé publique dans les pays à faible revenu. La carence en vitamine A toucherait environ 334 millions d'enfants en 2019. La carence marginale, pas encore franche, mais déjà à risque, concernerait 556 millions d'enfants supplémentaires. Les pays à indice socio-démographique bas affichent les taux les plus élevés : près de 30 % d'enfants carencés, avec l'Afrique en tête (soit environ 135 millions de cas).
L'OMS estime que la carence en vitamine A provoquerait jusqu'à 500 000 cas de cécité infantile par an dans le monde, dont la moitié entraînerait le décès de l'enfant dans l'année qui suit.
En France et dans les pays développés, la cécité par carence en vitamine A reste exceptionnelle. Mais elle réapparaît dans des contextes très spécifiques. Le risque de complications oculaires, même s'il reste faible, devient réel si la carence persiste sans correction.
Effets sur le développement chez les enfants
Chez les enfants, les conséquences d'une carence prolongée dépassent largement la sphère oculaire. Le fonctionnement du système immunitaire est profondément perturbé, ce qui augmente la fréquence et la gravité des infections.
La revue Cochrane d'Imdad (2022), a quantifié l'impact de la supplémentation en vitamine A chez les enfants de 6 mois à 5 ans. Les résultats sont parlants : la supplémentation réduirait la mortalité toutes causes de 12 %, la mortalité par diarrhée de 12 %, l'incidence de la diarrhée de 15 % et l'incidence de la rougeole de 55 %.
La croissance et le développement des enfants sont aussi directement affectés. Le Manuel MSD signale un ralentissement possible de la croissance chez les enfants carencés.
Chez les enfants, une carence en vitamine A non corrigée ne se limite pas à un problème de vision. Elle fragilise le système immunitaire, augmente le risque infectieux et peut compromettre la croissance. Dans les pays à taux élevé d'insécurité alimentaire, elle reste l'une des premières causes évitables de mortalité infantile.
Sources alimentaires de vitamine A
Maintenant qu'on a vu ce que provoque un déficit, la question logique : où trouver de la vitamine A dans votre assiette ? Deux voies d'approvisionnement s'offrent à vous, et elles ne se valent pas en termes d'efficacité.
Aliments riches en rétinol
Produits d'origine animale (foie, œufs)
Le rétinol préformé, celui que votre organisme utilise directement, se trouve exclusivement dans les produits animaux. Et le grand champion toutes catégories, c'est le foie. L'huile de foie de morue suit (18 à 75 mg/100 g), puis les jaunes d'œuf (environ 1 mg/100 g), le beurre et la crème.
Dans les pays occidentaux, plus de 70 % de l'apport quotidien en vitamine A provient de sources animales.
Voici les sources animales les plus concentrées en vitamine A rétinol :
| Aliment | Forme de vitamine A | Biodisponibilité |
| Foie (bœuf, poulet, agneau) | Rétinol (esters de rétinyle) | ~74 % |
| Huile de foie de morue | Rétinol | Très élevée |
| Jaune d'œuf | Rétinol | Élevée |
| Beurre, crème | Rétinol | Élevée |
| Produits laitiers enrichis | Rétinol | Élevée |
Est-ce qu'il suffit de manger du foie une fois par semaine ? En théorie, oui. Mais attention à l'excès : la toxicité de la vitamine A préformée peut survenir à des apports chroniques supérieurs à 10 mg par jour chez l'adulte. Et en particulier chez les femmes enceintes : un excès de rétinol dans les 60 premiers jours suivant la conception présenterait un risque tératogène.
Sources végétales (bêta-carotène, caroténoïdes)
De l'autre côté du spectre, les caroténoïdes, et surtout le bêta-carotène. Carottes, patates douces, épinards, chou frisé, mangues, papayes, courges, citrouilles : les fruits et légumes aux couleurs vives (jaune, orange, rouge, vert foncé) sont vos meilleurs alliés.
Le hic, c'est la conversion. On l'a vu, il faut 12 µg de bêta-carotène alimentaire pour produire 1 µg de rétinol.
Pour compliquer encore les choses, certaines personnes sont génétiquement « mauvaises convertrices » et tirent très peu de vitamine A de leurs légumes, même en en mangeant beaucoup.
Pour maximiser l'absorption des caroténoïdes, trois règles simples. Cuire vos légumes (la chaleur libère les caroténoïdes de leur matrice cellulaire, la cuisson conserverait environ 75 % des caroténoïdes selon Moran, 2018). Les servir avec une matière grasse (huile d'olive, avocat, noix). Et les mixer ou les réduire en purée quand c'est possible.
Recommandations pour un apport adéquat
Doses recommandées selon l'âge et le sexe
Les besoins en vitamine A varient selon votre âge, votre sexe et votre situation physiologique. L'OMS et les référentiels nutritionnels fournissent des repères clairs.
| Profil | Apport recommandé (µg ER/jour) |
| Enfants 1-3 ans | 400 |
| Enfants 4-8 ans | 450-500 |
| Femme adulte | 500-600 |
| Homme adulte | 600-900 |
| Femme enceinte | 770-800 |
| Femme allaitante | 1 300 |
Le chiffre qui saute aux yeux, c'est celui des femmes allaitantes : 1 300 µg par jour, soit plus du double des besoins d'une femme adulte non enceinte. C'est logique : la vitamine A est transférée au nourrisson via le lait maternel, et les réserves maternelles s'épuisent rapidement si elles ne sont pas reconstituées.
Peut-on couvrir ses besoins uniquement par l'alimentation ?
Dans la plupart des cas, oui, à condition de diversifier ses sources. L'erreur classique, c'est de se reposer sur une seule source. Manger des carottes tous les jours ne garantit pas un apport suffisant si vous ne consommez jamais d'œuf, de beurre, de crème ou de foie.
L'inverse est vrai aussi : un régime riche en produits animaux mais pauvre en fruits et légumes vous prive des caroténoïdes protecteurs (dont le bêta-carotène, mais aussi la lutéine, la zéaxanthine et le lycopène, qui ont d'autres rôles dans votre organisme).
Quand consulter un professionnel de santé
Ne jouez pas aux devinettes avec votre santé. Certaines situations nécessitent un avis médical, pas un article, pas un forum, un vrai professionnel.
Consultez si vous présentez un symptôme que nous avons mentionné dans cet article ou si vous avez un doute.
- Gannon, B. M., Huey, S. L., Mehta, N. H., et al. (2025). Selected laboratory-based biomarkers for assessing vitamin A deficiency in at-risk individuals. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2025(5), CD013742.
- Sheftel, J., & Tanumihardjo, S. A. (2021). Systematic Review and Meta-Analysis of the Relative Dose-Response Tests to Assess Vitamin A Status. Advances in Nutrition, 12(3), 904–941.
- Li, L., Hu, S., Li, X., et al. (2025). Accuracy of Capillary Blood for Assessing Vitamin A Nutritional Status Among Children Under 7 Years of Age: A Multicenter Study. Maternal & Child Nutrition, 21(2), e13796.
- Imdad, A., Mayo-Wilson, E., Haykal, M. R., et al. (2022). Vitamin A supplementation for preventing morbidity and mortality in children from six months to five years of age. Cochrane Database of Systematic Reviews, 3(3), CD008524.





































