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Probiotiques naturels : pourquoi en parle-t-on autant aujourd’hui ?

Probiotiques naturels : pourquoi en parle-t-on autant aujourd’hui ?
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On ne les voit pas, on n’y pense pas, et pourtant ils sont là, par milliards, dans notre corps. Les probiotiques font partie de notre quotidien depuis la naissance. Ils sont au cœur de notre digestion, de notre immunité, et peut-être même de notre humeur. Mais aujourd’hui, c’est leur forme naturelle qui retient l’attention. Mais que valent vraiment ces probiotiques dits “naturels” ? Ont-ils un rôle avéré dans la santé ? Et surtout, comment les choisir et les consommer sans tomber dans le piège des fausses promesses ?

Qu'est-ce que les probiotiques ?

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants, principalement des bactéries et levures, considérés comme bénéfiques lorsqu’ils sont consommés en quantité suffisante. D’après la définition de l’OMS, ils “apporteraient un effet bénéfique sur la santé de l’hôte” (FAO/WHO, 2006).

Le rôle des probiotiques dans la santé intestinale

Notre intestin abrite un écosystème dense, complexe et fragile : le microbiote. Composé de plus de 100 000 milliards de micro-organismes, il pèse à lui seul entre 1 et 2 kilos. Les probiotiques, quand ils sont issus de l’alimentation ou de compléments ciblés, viennent soutenir cette population existante, sans forcément s’y installer durablement. Certaines souches sont toutefois capables de survivre à l’acidité gastrique, d’atteindre le côlon et d’y interagir avec les bactéries résidentes.

Cette interaction ne signifie pas que tous les probiotiques agissent de la même manière. Chaque souche est unique, avec ses propres propriétés. D’où l’intérêt de mélanges multi-souches, plus proches de la diversité naturelle du microbiote.

Focus sur les souches les plus étudiées

Parmi les souches les plus documentées dans la littérature scientifique, on retrouve souvent :

  • Lactobacillus plantarum, étudiée pour son profil de colonisation intestinal et ses effets potentiels sur les ballonnements (Johansson et al., Appl Environ Microbiol, 1993)
  • Lactobacillus rhamnosus, connue pour sa capacité à adhérer à la paroi intestinale (Dotterud et al., Br J Dermatol, 2010)
  • Bifidobacterium bifidum, présente naturellement dans le côlon, impliquée dans la fermentation des fibres (Ouwehand et al., Eur J Nutr, 2011)

D’autres souches comme Lactobacillus reuteri ou Bifidobacterium longum ont également été sélectionnées pour leur potentielle capacité à résister à l’environnement digestif, à produire des composés comme les acides gras à chaîne courte, ou encore à interagir avec la barrière intestinale.

À noter : ces effets ne peuvent être généralisés, car ils dépendent à la fois de la souche spécifique, de la dose administrée, de la durée d’utilisation et du profil de l’individu.

Le microbiote : un écosystème à part entière

Le microbiote intestinal ne se résume pas à un simple ensemble de “bonnes” ou de “mauvaises” bactéries. C’est un univers vivant en symbiose avec nous, capable de transformer les fibres que nous mangeons en métabolites actifs, comme les AGCC (acides gras à chaîne courte).

Ce sont ces molécules qui, selon certaines études, pourraient participer au maintien de la muqueuse intestinale et à un environnement équilibré (Cani, Nature Reviews Endocrinology, 2014).

Mais cet équilibre est fragile. Antibiotiques, alimentation ultra-transformée, pollution, stress… Tous ces facteurs perturbent la composition du microbiote. Dans ce contexte, l’apport régulier de probiotiques naturels ou sous forme de compléments est parfois envisagé comme un soutien.

Un lien avec l’immunité ?

Il est couramment admis que 70 % du système immunitaire est localisé au niveau de l’intestin (Sekirov et al., Physiol Rev, 2010). Cela signifie-t-il que les probiotiques boostent l’immunité ? Pas si vite. Si certaines recherches évoquent une interaction entre probiotiques et intégrité de la barrière intestinale, les effets observés restent contextuels et variables selon les individus.

Ce que l’on peut dire, c’est que certaines souches, comme Lactobacillus rhamnosus ou Bifidobacterium lactis, sont étudiées pour leur capacité à produire des substances (acide lactique, enzymes) susceptibles de limiter la prolifération de micro-organismes indésirables.

Les probiotiques naturels : quels bienfaits potentiels ?

1. Sur le plan digestif, plusieurs études cliniques rapportent que des souches comme Lactobacillus acidophilus ou Bifidobacterium breve pourraient contribuer à réduire les ballonnements ou favoriser un transit régulier (Wilkins, Probiotics for GI Conditions, 2017). Ils sont également étudiés pour leur potentiel rôle sur la perte de poids.

2. Côté mental, certaines publications s’intéressent à l’axe intestin-cerveau, qui relie le microbiote à notre système nerveux. Des travaux menés sur le kéfir, aliment riche en probiotiques naturels, ont mis en évidence une réduction de certains marqueurs liés au stress et à l’humeur (Messaoudi et al., Br J Nutr, 2011). Il existerait même un lien entre probiotiques et dépression. 

Les aliments riches en probiotiques

Si les compléments alimentaires font aujourd’hui les beaux jours du rayon « microbiote », la première source de probiotiques reste l’assiette. Dans les traditions alimentaires du monde entier, on retrouve des aliments naturellement fermentés, porteurs de micro-organismes vivants : des lactobacilles, des bifidobactéries, ou encore certaines levures. Attention toutefois : tous les produits fermentés ne se valent pas, surtout à l’ère de la pasteurisation systématique. Voici ceux qu’on peut considérer comme de vraies sources de probiotiques naturels, à condition de bien les choisir.

Produits laitiers fermentés : tradition et microbiote

Kéfir et lait fermenté

Parmi les boissons vivantes les plus anciennes au monde, le kéfir tient une place à part. Il est obtenu par fermentation du lait à l’aide de grains spécifiques, composés d’un mélange de levures et de bactéries lactiques. Ce processus donne naissance à une boisson légèrement acidulée, pétillante, et naturellement riche en micro-organismes. Mais attention : seule une fabrication non pasteurisée, artisanale ou maison, garantit la présence effective de probiotiques vivants. Le kéfir d’eau, préparé à base de fruits et de sucre fermenté, est préféré pour sa meilleure tolérance digestive, notamment chez les personnes sensibles aux produits laitiers.

Le lait fermenté, quant à lui, est produit en ajoutant des ferments lactiques (comme Lactobacillus delbrueckii ou Streptococcus thermophilus) au lait. Résultat : une boisson onctueuse, acidulée, source naturelle de bactéries vivantes... si elle n’est pas pasteurisée après fermentation.

Yaourt naturel et lactobacillus

Autre incontournable du petit-déjeuner : le yaourt nature, qu’il soit au lait de vache, de chèvre ou de brebis. Ce produit laitier contient généralement deux ferments minimum, indispensables à la fermentation : Lactobacillus bulgaricus et Streptococcus thermophilus.

Lorsque ces bactéries sont encore actives, ce qui est le cas dans les yaourts non stérilisés, elles sont potentiellement bénéfiques pour l’équilibre du microbiote.

Mais là encore, prudence : de nombreux yaourts industriels sont pasteurisés après fermentation ou enrichis en additifs sucrés, épaississants, arômes artificiels... qui peuvent nuire à leur intérêt. Mieux vaut privilégier des yaourts bio, au lait entier, non sucrés, et idéalement faits maison.

Aliments d’origine végétale : une fermentation universelle

Probiotiques dans le soja fermenté

Si vous êtes plutôt végétal dans votre assiette, les dérivés fermentés du soja sont une piste. Parmi eux, le tempeh : cette spécialité indonésienne est obtenue par fermentation de fèves de soja entières.

Elle se distingue par sa richesse en protéines, fibres, et bactéries actives, à condition qu’elle ne soit pas pasteurisée ni surcuits.

Le miso, lui, est une pâte issue de la fermentation du soja, du riz ou de l’orge, souvent utilisée dans les bouillons japonais. Riche en goût umami, il est concentré en micro-organismes... à condition de l’ajouter en fin de cuisson, car la chaleur excessive détruit les ferments.

Enfin, les sauces soja traditionnelles, comme la tamari ou la shoyu, sont elles aussi le fruit d’une longue fermentation naturelle (jusqu’à 6 mois). Elles contiennent des enzymes et bactéries actives, mais doivent être consommées modérément, car très riches en sodium.

Vinaigre de cidre et effets bénéfiques

Issu de la fermentation du jus de pomme, le vinaigre de cidre non pasteurisé, contenant la fameuse “mère de vinaigre”, renferme des bactéries acétiques vivantes. On y retrouve notamment de l’acide acétique et de l’acide malique, deux composés qui peuvent participer à un meilleur confort digestif selon certaines observations.

Mais là encore, tout dépend de la qualité : seule une version non filtrée, non pasteurisée, bio de préférence, conserve ses ferments. En assaisonnement ou dilué dans un peu d’eau, il constitue un apport simple et accessible de probiotiques naturels.

Produits alimentaires artisanaux : le vivant à portée de main

L’importance des ferments naturels

La fermentation naturelle, lorsqu’elle est réalisée à partir de souches spontanées (présentes dans l’air, sur la peau des légumes ou dans les grains de kéfir), permet le développement d’une flore microbienne diversifiée. Ce type de fermentation artisanale ne repose pas sur l’ajout de souches standardisées en laboratoire, mais sur un processus lent, vivant, et peu contrôlé, ce qui lui confère une richesse spécifique.

Les produits ainsi obtenus, comme les légumes lactofermentés, les boissons maison ou les fromages au lait cru, peuvent contenir une grande variété de micro-organismes, proches de ceux naturellement présents dans notre microbiote. Cette diversité est un atout, même si elle reste difficile à quantifier précisément.

Probiotiques dans les aliments bio

Les aliments bio issus de fermentation ont un double avantage : absence de conservateurs et moindre traitement thermique. Ce sont deux conditions essentielles pour garantir la survie des micro-organismes. Par exemple, une choucroute crue bio est une source remarquable de lactobacilles, à condition de ne pas la cuire longuement. Même chose pour les olives non pasteurisées, les cornichons en saumure, ou les pickles maison.

En résumé : les probiotiques naturels sont partout... à condition de savoir les reconnaître. Leur présence n’est jamais garantie sur les étiquettes, mais elle est souvent liée à trois critères : absence de cuisson post-fermentation, absence d’additifs destructeurs et origine artisanale ou biologique. Pour un microbiote qui respire, le vivant dans l’assiette reste une valeur sûre.

Comment intégrer les probiotiques dans votre alimentation ?

Mieux vaut ajouter un peu de vivant chaque jour à vos repas que de miser sur une cure ponctuelle. L’intégration des probiotiques naturels se fait en douceur, en jouant sur les habitudes alimentaires et la variété des sources fermentées.

Incorporation dans les repas

Un simple yaourt nature au petit-déjeuner. Une cuillère de choucroute crue en accompagnement. Quelques tranches de tempeh dans une poêlée de légumes. Ou encore une sauce au miso pour assaisonner vos plats : les probiotiques se glissent partout. Le plus important ? Veiller à ce qu’ils n’aient pas été tués par la cuisson ou le traitement industriel. Ajoutez-les en fin de cuisson, ou consommez-les crus.

Recettes faciles à base de kéfir

Si vous avez quelques jours devant vous, fabriquer du kéfir maison est une excellente façon d’intégrer des micro-organismes vivants dans votre quotidien. Il suffit de mélanger :

  • 1 litre d’eau filtrée,
  • 2 cuillères à soupe de grains de kéfir,
  • 1 figue sèche,
  • 2 tranches de citron bio,
  • 1 cuillère à soupe de sucre de canne.

Fermentez 24 à 48h à température ambiante, filtrez, embouteillez, laissez gazéifier encore 24h si vous souhaitez une boisson pétillante. Simple, naturel, et rempli de micro-organismes actifs.

Compléments alimentaires : une option encadrée

Quand et comment prendre des compléments

Lorsque l’alimentation ne suffit plus, en cas de traitement antibiotique, d’intestin irritable ou de déséquilibre chronique du transit, il peut être utile de recourir temporairement à des compléments alimentaires à base de probiotiques. Il est généralement recommandé de les consommer à jeun ou en dehors des repas, selon les indications du fabricant.

Attention : aucune allégation de santé n’est autorisée sur les probiotiques en Europe. Les produits sérieux ne revendiquent pas de bénéfice clinique sans référence à une étude précise. Soyez méfiant envers les slogans trop prometteurs.

Choisir des probiotiques de qualité

Tous les compléments ne se valent pas. Privilégiez :

  • des produits multi-souches, avec des souches bien identifiées (ex. Lactobacillus rhamnosus GG, Bifidobacterium lactis HN019),
  • un conditionnement gastro-résistant, pour protéger les micro-organismes de l’acidité de l’estomac,
  • une traçabilité des souches et une conservation facilitée (gélules, sachets, réfrigération si besoin).

Un bon indice ? Un produit qui affiche le nombre de CFU (unités formant colonies) à la date de péremption, et non à la fabrication.

Éviter les effets secondaires : précautions utiles

Recommandations pour une consommation sécurisée

Les aliments fermentés sont bien tolérés dans la grande majorité des cas. Toutefois, une consommation excessive, surtout chez les personnes non habituées, peut entraîner des ballonnements, des gaz ou un inconfort digestif passager. Mieux vaut commencer progressivement, avec de petites quantités.

Quant aux compléments, là encore, le mot d’ordre est la prudence : respecter les doses indiquées, vérifier la durée conseillée de prise, et choisir un produit adapté à son profil.

Cas particuliers : demandez conseil

Chez les personnes immunodéprimées, atteintes de maladies graves ou sous traitement lourd, l’introduction de probiotiques (alimentaires ou complémentaires) doit être supervisée par un professionnel de santé. Il en va de même pour les nourrissons, les femmes enceintes ou les personnes sous antibiotiques. Le bon sens reste le meilleur allié du microbiote.

Sources
  • FAO/WHO. (2006). Probiotics in food: Health and nutritional properties and guidelines for evaluation. Food and Agriculture Organization of the United Nations & World Health Organization. https://www.fao.org/3/a0512e/a0512e.pdf
  • Sekirov, I., Russell, S. L., Antunes, L. C. M., & Finlay, B. B. (2010). Gut microbiota in health and disease. Physiological Reviews, 90(3), 859-904. https://doi.org/10.1152/physrev.00045.2009
  • Cani, P. D. (2014). Gut microbiota—At the intersection of everything? Nature Reviews Endocrinology, 10(4), 193-194. https://doi.org/10.1038/nrendo.2014.30
  • Dotterud, C. K., Storrø, O., Johnsen, R., Oien, T., & Storrø, O. (2010). Probiotics in pregnant women to prevent allergic disease: A randomized, double-blind trial. British Journal of Dermatology, 163(3), 616–623. https://doi.org/10.1111/j.1365-2133.2010.09815.x
  • Johansson, M. L., Nobaek, S., Berggren, A., Nyman, M., Bjorck, I., Ahrné, S., Jeppsson, B., & Molin, G. (1993). Survival of Lactobacillus plantarum DSM 9843 (299v), and effects on the short-chain fatty acid content of faeces after ingestion of a rose-hip drink with fermented oats. Applied and Environmental Microbiology, 59(1), 15-20.
  • Ouwehand, A. C., Tiihonen, K., Saarinen, M., Putaala, H., Rautonen, N., & Salminen, S. (2011). Influence of a combination of Lactobacillus acidophilus NCFM and Bifidobacterium lactis Bi-07 on gastrointestinal symptoms and bowel habits in healthy adults. European Journal of Nutrition, 48(1), 12-19.
  • Messaoudi, M., Lalonde, R., Violle, N., Javelot, H., Desor, D., Nejdi, A., Bisson, J. F., Rougeot, C., Pichelin, M., Cazaubiel, M., & Cazaubiel, J. M. (2011). Assessment of psychotropic-like properties of a probiotic formulation (Lactobacillus helveticus R0052 and Bifidobacterium longum R0175) in rats and human subjects. British Journal of Nutrition, 105(5), 755-764. https://doi.org/10.1017/S0007114510004319
  • Wilkins, T., Sequoia, J., & Esper, W. (2017). Probiotics for gastrointestinal conditions: A summary of the evidence. American Family Physician, 96(3), 170-178. https://www.aafp.org/pubs/afp/issues/2017/0801/p170.html
  • Cani, P. D. (2014). Gut microbiota—At the intersection of everything? Nature Reviews Endocrinology, 10(4), 193-194.

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