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Supplémentation en Créatine : dopage ou pas ? Un complément alimentaire qui divise, entre idées reçues et réalité réglementaire.

Supplémentation en Créatine : dopage ou pas ? Un complément alimentaire qui divise, entre idées reçues et réalité réglementaire.
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Derrière cette poudre blanche se cache un nom qui déclenche toujours les mêmes soupirs : la créatine. Accusée à tort d’être dopante, suspectée de nuire aux reins, utilisée par des champions olympiques comme par des sportifs du dimanche, elle cristallise les fantasmes depuis les années 90. Et pourtant, la créatine est l’un des compléments les plus étudiés au monde. Ce qui n’empêche pas la confusion d’être toujours aussi tenace. À quoi sert-elle exactement ? Est-elle vraiment efficace ? Et surtout, est-ce légal ? Réponse : oui, mais ça mérite quelques éclaircissements.

Qu’est-ce que la créatine ?

La créatine est une substance naturellement présente dans notre organisme, produite principalement par le foie, les reins et le pancréas à partir de trois acides aminés : glycine, arginine et méthionine. On en fabrique environ 1 à 2 grammes par jour, une quantité à laquelle s’ajoute celle apportée par l’alimentation.

Dans les cellules musculaires, elle est majoritairement stockée sous forme de phosphocréatine. Ce composé joue un rôle dans la production rapide d’ATP (adénosine triphosphate), la principale source d’énergie utilisée par le muscle lors d’un effort court et intense. Sans ATP, pas de contraction musculaire, et sans phosphocréatine, pas d’ATP disponible assez vite.

Créatine et réglementation antidopage

La créatine n’a jamais été inscrite sur la liste des substances interdites par l’Agence mondiale antidopage (AMA). C’est une donnée officielle, régulièrement confirmée par les documents mis à jour chaque année par l’organisation. Elle est également absente des listes de l’USADA (Agence américaine antidopage), du Comité international olympique et de toutes les fédérations sportives internationales reconnues.

Autrement dit : prendre de la créatine ne constitue en aucun cas une infraction aux règles antidopage, que ce soit en compétition ou hors compétition. Cette position est partagée par l’EFSA, l’ANSES, ainsi que par l’International Society of Sports Nutrition, qui considère la créatine comme un complément « sûr, efficace et légal ».

Comparaison avec d'autres substances

À la différence des stéroïdes anabolisants, de l’EPO ou des bêta-2 agonistes, la créatine n’a pas d’effet pharmacologique direct sur la production d’hormones ou la synthèse musculaire. Elle ne modifie pas le fonctionnement endocrinien, ne masque aucun produit dopant, et ne présente pas de potentiel d’abus au sens pharmacologique.

Certaines confusions persistent toutefois. La créatine a souvent été utilisée comme prétexte par des sportifs pris en flagrant délit de dopage : en cas de transformation physique spectaculaire, accuser la créatine permettait de détourner l’attention des produits réellement en cause.

Cas célèbres de dopage

Dans les années 90 et 2000, plusieurs athlètes ont prétendu s’être uniquement supplémentés en créatine pour justifier leurs performances. Cette stratégie, largement médiatisée, a contribué à entretenir l’idée que la créatine "masquait" quelque chose, alors qu’elle n’a jamais été impliquée dans une affaire de dopage avérée.

Par exemple, lors des scandales de dopage dans le cyclisme ou l’athlétisme, des noms comme celui de la créatine ont parfois été évoqués dans les médias sans justification scientifique. Mais aucun test antidopage n’a jamais été conçu pour détecter ou sanctionner la créatine, car elle n’enfreint aucun critère réglementaire (efficacité excessive, danger pour la santé, triche).

Démystification des stéréotypes

Créatine = dopage : vérité ou mythe ?

Ce raccourci est un mythe. Pourtant, il persiste dans l’imaginaire collectif, alimenté par l’apparente efficacité de la créatine sur le physique, par sa vente en ligne dans des pots volumineux, et par l’absence de réglementation précise dans certains pays au début des années 2000.

En France, les débats ont été particulièrement vifs. En 2001, suite à des scandales sportifs, le gouvernement avait même envisagé d’interdire la créatine en l’assimilant à un produit dopant, s’appuyant sur un rapport controversé évoquant des risques cancérogènes, rapport qui a été fermement rejeté par la communauté scientifique internationale.

Aujourd’hui, la position est claire : la créatine est un complément autorisé, sans statut dopant, et aucune preuve sérieuse ne permet de la classer comme substance masquante. C’est donc une erreur de considérer qu’un athlète sous créatine triche.

Études sur l’usage de la créatine au niveau professionnel

L’usage de la créatine est extrêmement répandu chez les athlètes de haut niveau, en particulier dans les disciplines de force, de vitesse ou de puissance. Une enquête citée dans le Journal of the International Society of Sports Nutrition rapporte que plus de 70 % des sportifs professionnels dans certaines disciplines consomment régulièrement de la créatine.

Témoignages d’athlètes

Florent Manaudou, champion olympique de natation, avait publiquement assumé en 2014 sa consommation de créatine, dans le cadre d’un protocole parfaitement légal. D’autres athlètes, notamment en football professionnel ou en sports de combat, ont également évoqué l’utilisation de ce complément dans des interviews spécialisées.

Perspective sur l’utilisation de la créatine

Utiliser un complément alimentaire n’est pas en soi un acte contraire à l’éthique, tant que celui-ci est autorisé, transparent, et ne vise pas à contourner les règles. La frontière entre optimisation et tricherie repose sur des critères : modification du système hormonal, danger pour la santé, inégalité d’accès.

La créatine ne remplit aucun de ces critères. Elle ne remplace ni l’entraînement ni le talent.

Implications pour les sportifs amateurs

Pour un sportif amateur, la question n’est pas tant de savoir si la créatine est dopante, mais si elle est utile, adaptée et bien dosée. Et sur ce point, les réponses varient en fonction de l’objectif.

  • Pour les pratiquants de musculation ou de sports de force, la créatine peut représenter un levier pertinent pour franchir un palier.
  • Pour les adeptes du cardio ou des sports d’endurance, son utilité est beaucoup plus limitée, voire nulle, en dehors des phases de sprint.

La prudence s’impose chez les adolescents, les personnes souffrant de troubles rénaux ou les femmes enceintes, en raison d’un manque de données robustes à long terme. En cas de doute, un avis médical reste préférable.

Conseils pour une supplémentation responsable

Origine et sources alimentaires

On consomme de la créatine via notre alimentation quotidiennement sans s’en rendre compte : un steak, un filet de thon ou un œuf dur apportent de petites quantités de créatine, généralement entre 1 et 3 g dans un régime omnivore. En revanche, les végétariens et végétaliens en consomment naturellement beaucoup moins, ce qui pourrait réduire leurs réserves musculaires. Le corps peut compenser partiellement, mais pas toujours complètement selon l’activité physique et les besoins.

Types de créatine

Dans le commerce, on trouve plusieurs formes de créatine, mais une seule fait l’unanimité dans la littérature scientifique : la créatine monohydrate. Elle est la plus étudiée, la plus stable et la plus efficace. Les autres formes (créatine HCl, Kre-Alkalyn®, ester éthylique…) sont parfois mises en avant dans un but marketing, mais aucune n’a démontré d’avantage supérieur en performance ou en tolérance par rapport à la monohydrate.
Pour plus de sécurité, il est recommandé de choisir une créatine labellisée Creapure®, un standard de pureté utilisé dans la majorité des études cliniques.

Usages de la créatine dans le sport

Complémentation en créatine dans la musculation

Dans les salles de sport, la créatine est devenue un incontournable des programmes de prise de masse, bien souvent au même titre que les protéines en poudre. Et ce n’est pas un hasard : elle permettrait de soutenir les efforts intenses et répétés, comme ceux exigés par les séries lourdes en musculation… et donc par effet boule de neige de potentiellement stimuler plus efficacement l’hypertrophie musculaire.

Rôle de la créatine dans les performances sportives

Les sports explosifs et de courte durée sont les premiers à bénéficier de la créatine. En pratique, cela concerne : les sprints, les sauts, les sports de combat, le football, le basket, la natation en bassin court ou encore le tennis.

Une revue de 500 études (Kreider et al., 2017) a mis en évidence que la supplémentation en créatine monohydrate pouvait améliorer la force maximale de 5 à 15 %, la performance sur un sprint unique de 1 à 5 %, et sur des sprints répétés de 5 à 15 %.

Ces chiffres sont impressionnants, mais doivent être mis en contexte : les gains sont surtout visibles chez les pratiquants réguliers qui sollicitent des efforts courts et répétés.

Impact sur la récupération musculaire

Au-delà de la performance, la créatine pourrait aussi favoriser une meilleure récupération après l’entraînement. Certaines études suggèrent une réduction des marqueurs de dommages musculaires et une amélioration du ressenti de récupération post-exercice. (Cooke et al. 2009) Ces effets s’expliqueraient notamment par la régénération potentiellement plus rapide de l’ATP et une meilleure gestion du stress oxydatif pendant l’effort.

Effets secondaires potentiels

Problèmes liés à la rétention d’eau

Dès les premiers jours de supplémentation, beaucoup rapportent une prise de poids rapide, de l’ordre de 0,5 à 2 kg. Ce phénomène est bien connu et s’explique par une rétention d’eau intracellulaire, c’est-à-dire à l’intérieur même des fibres musculaires. La créatine attire l’eau dans les cellules, ce qui entraîne un léger gonflement musculaire, souvent perçu comme un avantage esthétique en musculation.

Il ne s’agit pas d’une rétention d’eau sous-cutanée ni d’un gonflement général du corps, contrairement à ce que laissent entendre certains témoignages. L’effet est localisé, réversible, et ne traduit pas une prise de graisse. Cette volumisation cellulaire pourrait participer à la signalisation anabolique, mais cet effet est encore sujet à débat dans la littérature scientifique.

Cependant, chez certaines personnes, cette rétention peut provoquer des inconforts digestifs, une sensation de ballonnement ou une augmentation temporaire des mictions, en particulier lors des phases de charge à haut dosage (20 g/j). Ces désagréments disparaissent généralement avec une dose plus faible (3 g/j) et une hydratation suffisante.

Une confusion fréquente concerne l’apparition d’un "visage bouffi" : cet effet n’est pas directement lié à la créatine, mais plutôt à l’ingestion simultanée de sucres rapides (comme la maltodextrine ou le dextrose), souvent utilisés pour optimiser l’absorption. Une montée rapide de l’insuline favorise alors la réabsorption du sodium, ce qui peut perturber l’équilibre des fluides et provoquer une rétention d’eau extracellulaire. Ce n’est pas la créatine en elle-même qui en est responsable.

Risques pour la santé à long terme

L’un des mythes les plus tenaces sur la créatine concerne ses effets supposés sur les reins. Depuis plus de vingt ans, des inquiétudes circulent autour d’un prétendu lien entre supplémentation et dégradation de la fonction rénale. Pourtant, les données cliniques ne confirment pas ces craintes, à condition que le complément soit utilisé dans des conditions normales et chez un sujet sain.

Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2019 (Silva et al.) a compilé les résultats de plusieurs études cliniques, y compris sur des durées prolongées. Aucune altération significative des taux de créatinine, d’urée ou du débit de filtration glomérulaire n’a été observée, même lorsque la supplémentation atteignait 5 à 10 g/j pendant plusieurs mois. Ces résultats confirment ceux d’une étude antérieure menée par Poortmans et Francaux (1999), dans laquelle des sujets ayant consommé jusqu’à 20 g/j sur 5 jours, puis 5 g/j pendant 21 mois, n’ont montré aucun signe de toxicité rénale ou hépatique.

La créatine est transformée en créatinine, un déchet métabolique excrété par les reins. Cela explique pourquoi les analyses sanguines montrent parfois une hausse des taux de créatinine, sans que cela ne reflète une pathologie. C’est un faux positif fréquent, qui doit être interprété avec prudence, en particulier chez les sportifs.

Préoccupations sur la santé rénale

Chez les individus souffrant déjà d’une pathologie rénale chronique, ou présentant des antécédents médicaux familiaux à ce niveau, la prudence reste de mise. Bien qu’aucune étude ne démontre un effet délétère de la créatine sur les reins chez les personnes malades, aucune étude rigoureuse ne permet non plus d’écarter totalement un risque chez ce public fragile. C’est pourquoi la majorité des professionnels de santé recommandent de ne pas initier de supplémentation sans avis médical dans ce type de cas.

De manière plus large, aucune autorité de santé – ni l’EFSA, ni l’ANSES, ni l’AMA – n’a émis d’avertissement général contre la créatine, dès lors qu’elle est utilisée à des doses maîtrisées. En Europe, la dose reconnue comme sûre est de 3 g par jour pour les adultes en bonne santé. Au-delà, l’innocuité reste probable selon les données disponibles, mais demande un encadrement médical si elle est poursuivie dans la durée.

Sources
  • Kreider, R. B. (2003). Effects of creatine supplementation on performance and training adaptations. Molecular and Cellular Biochemistry, 244(1-2), 89-94.
  • Kreider, R. B., Kalman, D. S., Antonio, J., Ziegenfuss, T., Wildman, R., Collins, R., … Lopez, H. L. (2017). International Society of Sports Nutrition position stand: Safety and efficacy of creatine supplementation in exercise, sport, and medicine.
  • Cooke, M. B., Rybalka, E., Stathis, C. G., Cribb, P. J., & Hayes, A. (2009). Creatine supplementation enhances muscle force recovery after eccentrically-induced muscle damage in healthy individuals.
  • Silva, A. de S. E., Pertille, A., Barbosa, C. G. R., de Oliveira Silva, J. A., de Jesus, D. V., Ribeiro, A. G. S. V., … de Oliveira, J. J. (2019). Effects of creatine supplementation on renal function: A systematic review and meta-analysis.
  • Poortmans, J. R., & Francaux, M. (1999). Long-term oral creatine supplementation does not impair renal function in healthy athletes.
  • Hultman, E., Söderlund, K., Timmons, J. A., Cederblad, G., & Greenhaff, P. L. (1996). Muscle creatine loading in men.

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