Vous vous demandez si vous devez prendre de la vitamine D pendant votre grossesse, et à quelle dose ? Spoiler : vous en avez besoin, mais la supplémentation ne se décide pas au hasard. Pourquoi ? Parce que la vitamine D participe à l’équilibre du calcium, alors qu’un excès peut faire monter son taux dans le sang. Ajouter des gouttes à un complément prénatal n’est donc pas un geste anodin.
- 15 µg par jour est un repère nutritionnel, pas une prescription automatique.[8]
- Avant une ampoule de 100 000 UI, faites confirmer le médicament et le schéma prescrit.[15]
- Signalez tous vos compléments pour éviter le cumul des sources de vitamine D.[6]
- Quelle dose de vitamine D pendant la grossesse ?
- Faut-il se supplémenter ou faire une prise de sang ?
- Quels bénéfices pour la maman et le bébé ?
- Quels aliments privilégier, et que peut apporter le soleil ?
- Comment éviter le surdosage et les cumuls ?
- Après l’accouchement, ne confondez pas votre dose avec celle du bébé
Quelle dose de vitamine D pendant la grossesse ?
Entre les microgrammes sur une étiquette, les UI sur une ordonnance et le nombre de gouttes, il y a de quoi hésiter. Nous vous conseillons de commencer par identifier ce que le chiffre décrit : un besoin nutritionnel, la quantité contenue dans un produit ou une dose prescrite.
15 µg par jour : un repère nutritionnel, pas une ordonnance
L’ANSES fixe un apport satisfaisant de 15 µg de vitamine D par jour pour les femmes enceintes et allaitantes. Cela correspond à 600 unités internationales, les fameuses UI inscrites sur les flacons. Ce repère ne veut pas dire que chaque femme enceinte doit ajouter systématiquement 600 UI de complément à ce qu’elle prend déjà.
La dose de supplémentation dépend de la situation que votre professionnel de santé cherche à corriger. Prévenir un manque éventuel et traiter une carence ne sont pas la même chose. Le médicament choisi, les autres apports et le suivi prévu comptent aussi.
| Repère | Ce qu’il signifie |
|---|---|
| 15 µg, soit 600 UI par jour | Apport nutritionnel satisfaisant pendant la grossesse et l’allaitement, pas une prescription automatique. |
| 100 000 UI dans une ampoule | Quantité contenue dans une prise fortement dosée, pas une quantité à prendre chaque jour. |
| 100 µg, soit 4 000 UI par jour | Limite supérieure de sécurité nutritionnelle indiquée par l’ANSES, pas une dose à viser ni un traitement à commencer seule. |
Vous avez lu qu’une dose de 1 000 ou 2 000 UI par jour serait « idéale » pendant la grossesse ? Un chiffre trouvé en ligne ne suffit pas à choisir votre traitement. Il faut savoir à quelle population et à quel produit il s’applique, et si vous recevez déjà de la vitamine D ailleurs.
L’ampoule de 100 000 UI : vérifiez la prescription, pas seulement le mois
L’ampoule de cholécalciférol, c’est de la vitamine D3. En France, la recommandation HAS de 2005 évoquait une dose unique de 100 000 UI au début du 6e ou du 7e mois pour certaines femmes : peu d’exposition au soleil, vêtements couvrants, faible apport alimentaire ou grossesse en hiver. Elle précisait aussi que ce schéma concernait les situations où la supplémentation n’avait pas commencé dès le début de la grossesse.[1]
Ce texte explique pourquoi vous rencontrez encore souvent le conseil « une ampoule au 7e mois ». Mais il ne suffit pas à valider toutes les ampoules aujourd’hui.
Vous avez cette ampoule sur votre ordonnance ? Signalez au prescripteur ou au pharmacien le nom exact du médicament, votre terme et vos prises précédentes.
Demandez-lui de confirmer la dose et le moment prévus en tenant compte de ces informations.
Les gouttes : la concentration change d’un flacon à l’autre
Les gouttes permettent une prise fractionnée, mais une goutte n’est pas une unité de dosage universelle. Le nom du produit et sa concentration sont indispensables pour comprendre la quantité réellement prise.
Si votre médecin choisit cette forme, faites noter la quantité en UI, le nombre de gouttes correspondant pour ce flacon et la durée du traitement. En changeant de marque, faites vérifier à nouveau cette correspondance. Ne gardez pas simplement le nombre de gouttes de l’ancien produit.
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Faut-il se supplémenter ou faire une prise de sang ?
La vitamine D est nécessaire pendant la grossesse, mais cela ne suffit pas à décider d’un supplément pour toutes les femmes. Votre alimentation, votre exposition au soleil, vos traitements et vos éventuels antécédents de carence permettent de poser la question plus précisément.
Peu de soleil, peau foncée, alimentation limitée : les situations à signaler
Certains profils sont plus exposés à un apport insuffisant. L’ANSES cite notamment les femmes enceintes, les personnes à peau mate ou foncée, les régimes qui excluent plusieurs sources alimentaires et les maladies qui gênent l’absorption intestinale.
Lors de votre suivi, pensez donc à signaler :
- une faible exposition au soleil, notamment en hiver ou si vous portez des vêtements couvrants,
- une alimentation sans poisson, sans œufs ou sans produits laitiers,
- une carence déjà diagnostiquée ou une maladie qui perturbe l’absorption des nutriments,
- tous les médicaments et compléments alimentaires que vous prenez, même ceux achetés sans ordonnance.
Si vous souhaitez mieux comprendre ces situations, nous détaillons les causes d’un manque de vitamine D dans cet article dédié.
La grossesse seule n’impose pas un dosage sanguin
Le dosage sanguin mesure la 25-hydroxyvitamine D, aussi notée 25(OH)D ou 25 OHD. Ce taux décrit le statut en vitamine D, ce n’est pas le taux de calcium.
La HAS n’a pas reconnu d’utilité à le réaliser systématiquement du seul fait de la grossesse dans son évaluation de 2013. Vous n’avez donc pas forcément besoin d’une prise de sang avant toute discussion sur vos apports.
Cela ne veut pas dire qu’un dosage ne sert jamais. Une autre indication médicale ou un traitement peut nécessiter des examens ciblés. La surveillance du calcium lors de certains traitements fortement dosés est, elle aussi, différente du dosage de vitamine D. Si un examen vous est prescrit, demandez ce qu’il doit vérifier plutôt que de chercher un « taux idéal de grossesse » à atteindre seule.
Quels bénéfices pour la maman et le bébé ?
La vitamine D intervient dans le métabolisme phosphocalcique, autrement dit la façon dont l’organisme utilise et régule le calcium et le phosphore. Ce rôle est bien différent des promesses selon lesquelles un supplément éviterait à lui seul les complications de grossesse qu'on peut souvent entendre.
Le calcium et les os : le rôle à ne pas négliger
Le calcium fait partie des minéraux dont le squelette a besoin. La vitamine D participe à sa régulation : mais attention, manger du calcium et disposer de vitamine D sont deux questions liées mais pas deux solutions interchangeables. Ajouter l’un ne dispense donc pas de s’intéresser à l’autre.
Une carence importante peut s’accompagner de troubles osseux ou musculaires.
Chez l’adulte, une mauvaise minéralisation des os peut conduire à une ostéomalacie, chez l’enfant en croissance, à un rachitisme. Ce sont des conséquences d’une carence, pas une façon de diagnostiquer votre taux à partir d’une fatigue ou d’une douleur isolée.
La vitamine D intervient aussi dans le fonctionnement des cellules du système immunitaire. Mais ce rôle biologique ne signifie pas qu’une dose supplémentaire protégerait automatiquement la mère ou son bébé de toutes les infections.
Pendant la grossesse, le métabolisme s’adapte aux besoins du fœtus
Au cours de la grossesse, le corps de la mère augmente sa production de calcitriol, la forme active de la vitamine D. Cette augmentation aide à absorber davantage de calcium et de phosphore dans l’intestin. Au troisième trimestre, le transfert de calcium de la mère au fœtus est particulièrement important pour la minéralisation de son squelette.
![Transfert du calcium de la mère au bébé par le placenta — schéma simplifié.[21]](https://cdn.shopify.com/s/files/1/1146/6770/files/vitamine-d-grossesse-calcium-schema-editorial.webp?v=1790772213)
Le métabolisme phosphocalcique dépend aussi d’autres hormones, dont la parathormone, ou PTH. Elle intervient dans la régulation du taux de calcium et dans l’activation de la vitamine D. Si votre médecin demande un dosage de PTH, il peut chercher à comprendre un taux de calcium anormal, notamment en lien avec une carence ou une insuffisance rénale.
Pour le bébé, le statut de la mère compte déjà avant la naissance : le taux de vitamine D mesuré dans le sang du cordon dépend de celui de sa mère. Une carence maternelle importante peut notamment exposer à une hypocalcémie néonatale, un taux de calcium trop bas après la naissance.
Ce lien explique l’intérêt de faire le point sur vos apports, sans déduire qu’un supplément plus fortement dosé serait toujours préférable.
Prééclampsie et diabète gestationnel : pas de risque divisé par deux démontré
Vous avez peut-être lu que la vitamine D réduirait de moitié le risque de prééclampsie ou de diabète gestationnel. Les données actuelles ne permettent pas de promettre cette protection. La revue Cochrane publiée en 2024 juge très incertains les effets de la supplémentation sur ces deux complications. [7]
Pourquoi cette incertitude ? Après un contrôle de fiabilité des études, la revue a retenu 10 études au total, au lieu des 30 de sa version précédente. Et pour la prééclampsie comme pour le diabète gestationnel, l’estimation concernant la vitamine D seule repose sur une seule étude de 165 femmes.
Cela ne veut pas dire qu’il faut négliger une carence. Cela signifie que corriger vos apports et prévenir une complication obstétricale ne sont pas la même promesse.
Prématurité et poids de naissance : les résultats restent incertains
Pour le bébé, nous ne pouvons pas non plus vous promettre qu’une supplémentation éviterait un accouchement prématuré. La même revue Cochrane considère cet effet comme très incertain. Une réduction du risque de faible poids de naissance serait possible, mais les résultats ne permettent pas d’exclure l’effet inverse.
Une baisse des hémorragies graves après l’accouchement serait également possible, mais elle repose sur un seul essai et un faible niveau de confiance.
Quels aliments privilégier, et que peut apporter le soleil ?
Vous pouvez agir sur vos apports alimentaires sans transformer chaque repas en calcul de vitamines. Les poissons gras, le jaune d’œuf et certains produits enrichis font partie des sources de vitamine D. Pendant la grossesse, leur mode de préparation compte aussi.
Du poisson gras bien cuit, des œufs et des produits enrichis
Pour varier vos repas, vous pouvez notamment choisir :
- des sardines, du maquereau ou du saumon bien cuits, en alternant les espèces et les provenances,
- des œufs, dont le jaune apporte de la vitamine D,
- des produits laitiers ou d’autres aliments enrichis, en vérifiant la quantité indiquée sur l’étiquette.
Le repère est de deux repas de poisson par semaine, dont un poisson gras, sans en faire une prescription pour couvrir tous vos besoins en vitamine D. Pendant la grossesse, évitez les poissons crus ou fumés, ainsi que les espèces déconseillées comme l’espadon, le requin ou le marlin. Le foie de morue est également à éviter.
Une alimentation variée aide à améliorer les apports, mais elle ne permet pas de connaître à elle seule votre statut en vitamine D. Si vous excluez plusieurs de ces aliments, signalez-le lors du suivi plutôt que d’ajouter plusieurs compléments pour compenser.
Le soleil ne donne pas une dose mesurable
La peau fabrique de la vitamine D sous l’effet du soleil. Mais cette production varie selon votre exposition et votre pigmentation, les personnes à peau foncée peuvent en synthétiser moins efficacement. Le temps passé dehors ne se traduit donc pas en un nombre fiable d’UI à ajouter à votre ordonnance.
Ne prolongez pas une exposition sans protection pour « atteindre votre dose ». Si vous vous exposez peu, dites-le simplement à votre médecin ou sage-femme. C’est une information utile pour évaluer vos apports, pas une raison de vous imposer une séance de soleil.
Comment éviter le surdosage et les cumuls ?
Le risque le plus facile à oublier, c’est de prendre plusieurs produits qui contiennent la même vitamine. L’ANSES recommande aux femmes enceintes de ne pas consommer de compléments alimentaires sans avis professionnel et de signaler l’ensemble de leurs prises.
Les compléments prénataux comptent déjà dans le total
Un multivitamines « grossesse », des gouttes et une ampoule prescrite peuvent tous apporter de la vitamine D. Ne les additionnez pas simplement parce qu’ils ont des noms différents : les autres sources doivent être prises en compte pour éviter un surdosage.

Avant d’ajouter un produit, préparez les informations suivantes pour votre pharmacien ou votre prescripteur :
- le nom exact de chaque médicament et complément ;
- la quantité de vitamine D par goutte, gélule ou dose indiquée sur la boîte ;
- la fréquence de vos prises et la date d’une éventuelle ampoule précédente ;
- les autres nutriments associés, notamment le calcium.
Vous envisagez une association D3 + K2 ou un complément de calcium ? Faites vérifier le produit complet, pas seulement la vitamine D. L’ajout d’un autre nutriment ne dispense pas de vérifier la dose totale de vitamine D. L’avertissement sur le cumul vaut aussi pour les produits vendus comme « naturels ».
Une maladie rénale ou un traitement associé demande un suivi adapté
Vous êtes suivie pour une insuffisance rénale, un trouble du calcium ou une maladie qui modifie son métabolisme ? Signalez-le avant toute supplémentation.
Certains traitements peuvent également modifier l’absorption ou le métabolisme de la vitamine D, ou augmenter le risque d’hypercalcémie. C’est pourquoi votre pharmacien a besoin de connaître toute votre ordonnance, pas seulement les produits destinés à la grossesse.
Des effets indésirables ou une erreur de dose : quand demander un avis
Un excès de vitamine D peut provoquer une hypercalcémie, autrement dit trop de calcium dans le sang. Des nausées, des vomissements, une fatigue intense ou d’autres troubles peuvent en faire partie ; les reins peuvent aussi être touchés.
Ces symptômes ne prouvent pas un surdosage. En revanche, si vous avez pris une quantité supérieure à celle prévue, cumulé plusieurs produits ou confondu deux concentrations, contactez rapidement un professionnel de santé, même sans symptôme. Gardez les boîtes et indiquez la quantité et l’heure des prises. En cas de symptômes importants, contactez les urgences ou un centre antipoison.
Si vous avez déjà pris une ampoule prescrite, ne concluez pas à un danger sur le seul nombre « 100 000 ». Faites vérifier ce qui a été pris et ce qui était prévu. Notre article sur le surdosage de vitamine D explique en détail les erreurs de prise à éviter.
Après l’accouchement, ne confondez pas votre dose avec celle du bébé
L’allaitement ne permet pas de reprendre automatiquement un schéma de supplémentation de grossesse. Faites le point sur vos propres besoins lors du suivi postnatal, le repère nutritionnel ANSES reste de 15 µg par jour pour la femme allaitante.
La vitamine D et ses dérivés passent dans le lait maternel. Le prescripteur doit donc tenir compte des apports de la mère lorsqu’il choisit ceux du nouveau-né allaité. Cela ne signifie pas que le lait maternel remplace automatiquement la prescription du bébé. Les mères qui prennent déjà un traitement doivent en parler au professionnel qui suit leurs enfants, en précisant le nom du produit et la dose totale.
Pour votre enfant, la prescription de vitamine D est distincte de la vôtre. L’ANSES recommande un apport supplémentaire chez les nouveau-nés, sur prescription, et privilégie les médicaments pour limiter les erreurs de dosage. [9] Ne lui donnez pas votre produit pour adulte et n’augmentez pas votre propre dose dans l’idée de remplacer la sienne via le lait maternel. Nous détaillons ce suivi dans notre article sur la vitamine D chez le bébé.

- [1] HAS — Information des femmes enceintes, recommandation 2005
- [2] ANSM — Cholécalciférol Biogaran 100 000 UI, RCP 2025
- [5] HAS — Dosage de vitamine D en routine, évaluation 2013
- [6] ANSES — Compléments alimentaires et grossesse, 2017
- [7] Cochrane — Vitamine D pendant la grossesse, revue 2024 (français)
- [8] ANSES — Références nutritionnelles en vitamines et minéraux
- [9] ANSES — Vitamine D : apports, sources et risques
- [15] ANSM — Uvedose 100 000 UI, RCP octobre 2025
- [18] ANSM — Zymad en gouttes, RCP novembre 2024
- [19] Cochrane — Vitamin D supplementation in pregnancy, review 2024
- [20] Santé.fr — Poisson pendant la grossesse, 2025
- [21] Eurofins Biomnis — Métabolisme phosphocalcique pendant la grossesse
- [22] La Revue du Praticien — Vitamine D et grossesse, avril 2023




